Cher André, C'est par ton mail que j'ai appris la nouvelle de la mort d'Eduardo Dubuc. Celle-ci m'a profondément affecté, plus sans doute que je ne l'aurais imaginé. Je pense qu' Eduardo a joué un rôle important dans ma carrière de mathématicien. Je me souviens que nous avions sympathisé lors de mon principal séjour à Montréal. C'était après ma première conférence sur le nouveau continent et celle-ci avait été désastreuse. Mais j'imagine que tu t'en souviens toi aussi. Gonzalo Reyes et Eduardo Dubuc avaient alors passé la soirée à me réconforter et je leur en suis particulièrement reconnaissant. C'est à cette époque qu'a débuté, avec Eduardo, notre collaboration sur les quasi-topos. Lors de mes autres séjours, Eduardo Dubuc, Gonzalo Reyes mais aussi Marta Bung et moi même, avons collaboré en Géométrie différentielle synthétique. Mais c'est de nous quatre qu' Eduardo s'est le plus illustré en construisant un modèle de la Géométrie différentielle synthétique répondant aux conditions attendues par Lawvere. Je garde de cette époque un merveilleux souvenir car nous étions tous pétris d'enthousiasme par notre passion commune. Pour moi Eduardo a une place à part parmi les mathématiciens que j'ai pu côtoyer.Très direct, ne s'embarrassant pas de considérations superflues, il surprenait. Il pouvait choquer. Dans son travail, en plus d'être très rigoureux, il était surtout très méthodique,rédigeant au fur et à mesure pour lui-même ce qu'il avait produit. Depuis je me suis beaucoup inspiré de ses méthodes. Mais curieusement il ne voulait pas que son travail empiète trop sur sa vie privée. En effet, à côté de cet homme rigoureux, il y avait aussi un bon vivant qui savait jouir de la vie; aimant la bonne chair avec même beaucoup de raffinement. Cependant, dans cette vie privée il gardait aussi une attitude scientifique; n'hésitant pas à faire des expériences de tous ordres, en particulier sur son corps, pour découvrir ses limites, ce qui l'a conduit parfois à mettre sa vie en danger. Eduardo Dubuc restera pour moi un personnage marquant que je ne pourrai oublier. Amitiés Jacques Penon P.S. Une photo du 18 juillet 2018.